Pratique du Zen
Posté : 6 septembre 2013, 21:54
(Extraits du livre de Chang Chen-Chi. Une remarque : je comprends mieux en remplaçant le mot "esprit" par le mot "mental". Le bouddhisme emploie "esprit" au lieu de mental. En gnosticisme, nous employons mental, car nous pouvons influencer le mental et non l'esprit qui est l'Être lui-même).
II. Les sept différents types de méditation
L'étude comparée des nombreuses techniques de méditation des différentes religions, écoles ou sectes, est un sujet plein d'attraits mais fort compliqué à traiter, et qui dépasse le cadre de cet ouvrage. Les principales méthodes de méditation bouddhiste Mahayana, peuvent être classées en sept groupes :
1) Pratique de la méditation par les exercices respiratoires
D'après la théorie fondamentale de « l'identicité » de l'Esprit et de Prana, celui qui réussit à dompter sa respiration dompte en même temps son esprit. Ainsi, l'exercice respiratoire est un des meilleurs moyens d'approcher Samadhi.
Le terme « exercice respiratoire » se rapporte à la respiration elle-même, répétée sans cesse selon un rythme prédéterminé. Les méthodes les plus courantes de ces exercices consistent à compter la respiration, à la supprimer ou à la retenir. La première de ces méthodes est peut-être la plus facile et la moins dangereuse. Elle a toujours été recommandée par de nombreux professeurs de bouddhisme, et est pratiquée depuis des siècles par ceux qui se livrent à la méditation bouddhiste. Contrairement aux autres, ce type de méditation peut être pratiqué sans l'aide constante d'un Guru, à condition toutefois de connaître les techniques respiratoires et de comprendre le principe fondamental de la pratique de Dhyana.
Le grand maître Chi I, fondateur de l'école chinoise de Tien Tai, explique clairement ces exercices respiratoires, dans son livre célèbre : Lu Miao Fa Men, ou les Six Portes Merveilleuses de l’Illumination. Ces Six Portes Merveilleuses sont interprétées de dix manières différentes et forment ainsi un total de soixante manières d'approcher les Six Portes Merveilleuses.
Le stade de la respiration comptée
Six stades successifs se forment, lorsque ce principe est appliqué à la respiration. Le premier, appelé « le Stade de la Respiration comptée », force l'esprit de compter chaque inhalation et exhalaison alternées, très lentement de un à dix. Si l'énumération est interrompue par une seule pensée qui fait diversion, le yogi doit recommencer à compter. Il réussira graduellement cette expérience par des exercices répétés, et pourra finalement compter de un jusqu'à dix, sans qu'aucune pensée étrangère ne vienne le distraire. La respiration devenue subtile et légère est domptée, et l'action de compter commence à peser au yogi. Cette expérience se nomme la « réalisation par la Respiration comptée ».
Le stade de la respiration suivie
Le yogi cesse alors de compter et passe à la seconde expérience, celle qui consiste à « suivre la respiration ». L'esprit du yogi va se confondre avec sa respiration, en suivant ses deux temps, en s'y mêlant avec aisance. Il sent l'air se répandre de toutes parts en lui et toucher l'extrême pointe de chacun de ses cheveux. Son esprit s'enveloppe de calme et de sérénité. Il subit l'expérience de la « Respiration suivie ». Mais à partir de ce moment, l'action de « suivre la Respiration » devient un fardeau pour le yogi qui l'abandonne, comme il l'a déjà fait pour l'expérience précédente.
La pratique de l’arrêt de la respiration
Il passe maintenant à la « Pratique de l'arrêt ».
Le yogi devra complètement ignorer sa respiration, et « arrêter » la pensée sur le bout de son nez.
Le calme et la sérénité l'envahiront bientôt. Il aura l'impression de disparaître, et de se fondre dans le vide. Il a atteint le stade de Dhyana, celui de l'arrêt parfait, et devrait alors se rappeler le conseil de Bouddha, qui dit que, malgré la merveille de cette expérience, il ne faut pas s'y cramponner ou y rester attaché.
La pratique de l’observation de la respiration subtile
Le yogi commencera ensuite la quatrième expérience, celle de « la Pratique de l'Observation ». Il observera sa respiration devenue très subtile, et le contenu de son enveloppe charnelle, os, sang, muscles, excréments, etc. Il arrivera ainsi à conclure que tous ces éléments physiques sont illusoires, passagers et dépourvus de nature propre. En appliquant constamment cette « Pratique d'Observation », l'oeil spirituel (ou l'esprit) du yogi s'ouvrira graduellement et suivra finalement toutes les fonctions de ses organes et viscères. Il comprendra alors que l'existence physique et psychique subordonnée à la conception de « l'ego », est misérable, éphémère et illusoire.
La pratique du retour de l’esprit vers son état original
Le yogi entamera l'expérience de la « Pratique du Retour » qui consiste à ramener l'esprit vers son état original.
Au cours de cette nouvelle expérience, le yogi devra soigneusement passer en revue les différentes pratiques de méditation qu'il a déjà employées. Il découvrira ainsi que toutes sont soumises à un certain dualisme formé par l'esprit actif et l'objet qui détermine l'action. Le thème principal de cette nouvelle expérience, est l'abandon de ce dualisme et le retour au premier stade, celui du Vide-Total absolu. Le yogi y arrivera en contemplant le Non-mental ou la nature « vacante » de l'esprit. Celui qui découvre le Non-mental se demande d'où peut venir le dualisme qui oppose le « sujet à l'objet ». Lorsque le yogi aura réalisé cette vérité, la grande Sagesse Transcendante s'épanouira soudain pour lui, tandis qu'il erre naturellement dans le premier stade qu'il a retrouvé.
La pratique de la pureté
Mais le yogi devra continuer sa méditation et aborder le sixième et dernier stade, celui de la « Pratique de la Pureté », pour nettoyer la « subtile souillure de l'action », parfaire et compléter la Sagesse Absolue qui s'est épanouie en lui.
Les pratiques de l'Observation, du Retour, et celle de la Pureté, ne sont pas vraiment des pratiques Dhyana, mais dépendent bien plus de Prajna ; la Pratique de l'Observation, est celle qui observe le Non-mental de l'être sensible ; la Pratique du Retour, observe le vide des dharmas concrets ; enfin celle de la Pureté, observe le vide du dualisme et la fusion de l'esprit dans la grande égalité générale.
La méditation bouddhiste ne peut atteindre la perfection que par l'exercice de l'observation du vide. Les six stades de la pratique de méditation que je viens d'exposer, sont les six points particulièrement recommandés par l'école chinoise Tien Tai.
La pratique par la méthode de « l'arrêt » ou suppression de la respiration, est peut-être la méthode la plus puissante et la plus directe. Elle transporte directement le yogi vers Samadhi, mais peut être dangereuse et nuisible, si mal appliquée. Il faudrait en l'abordant s'assurer les conseils d'un professeur éclairé, et posséder à fond la technique plus simple de l'exercice de respiration normale (celui de la respiration « comptée » par exemple).
à suivre.
II. Les sept différents types de méditation
L'étude comparée des nombreuses techniques de méditation des différentes religions, écoles ou sectes, est un sujet plein d'attraits mais fort compliqué à traiter, et qui dépasse le cadre de cet ouvrage. Les principales méthodes de méditation bouddhiste Mahayana, peuvent être classées en sept groupes :
1) Pratique de la méditation par les exercices respiratoires
D'après la théorie fondamentale de « l'identicité » de l'Esprit et de Prana, celui qui réussit à dompter sa respiration dompte en même temps son esprit. Ainsi, l'exercice respiratoire est un des meilleurs moyens d'approcher Samadhi.
Le terme « exercice respiratoire » se rapporte à la respiration elle-même, répétée sans cesse selon un rythme prédéterminé. Les méthodes les plus courantes de ces exercices consistent à compter la respiration, à la supprimer ou à la retenir. La première de ces méthodes est peut-être la plus facile et la moins dangereuse. Elle a toujours été recommandée par de nombreux professeurs de bouddhisme, et est pratiquée depuis des siècles par ceux qui se livrent à la méditation bouddhiste. Contrairement aux autres, ce type de méditation peut être pratiqué sans l'aide constante d'un Guru, à condition toutefois de connaître les techniques respiratoires et de comprendre le principe fondamental de la pratique de Dhyana.
Le grand maître Chi I, fondateur de l'école chinoise de Tien Tai, explique clairement ces exercices respiratoires, dans son livre célèbre : Lu Miao Fa Men, ou les Six Portes Merveilleuses de l’Illumination. Ces Six Portes Merveilleuses sont interprétées de dix manières différentes et forment ainsi un total de soixante manières d'approcher les Six Portes Merveilleuses.
Le stade de la respiration comptée
Six stades successifs se forment, lorsque ce principe est appliqué à la respiration. Le premier, appelé « le Stade de la Respiration comptée », force l'esprit de compter chaque inhalation et exhalaison alternées, très lentement de un à dix. Si l'énumération est interrompue par une seule pensée qui fait diversion, le yogi doit recommencer à compter. Il réussira graduellement cette expérience par des exercices répétés, et pourra finalement compter de un jusqu'à dix, sans qu'aucune pensée étrangère ne vienne le distraire. La respiration devenue subtile et légère est domptée, et l'action de compter commence à peser au yogi. Cette expérience se nomme la « réalisation par la Respiration comptée ».
Le stade de la respiration suivie
Le yogi cesse alors de compter et passe à la seconde expérience, celle qui consiste à « suivre la respiration ». L'esprit du yogi va se confondre avec sa respiration, en suivant ses deux temps, en s'y mêlant avec aisance. Il sent l'air se répandre de toutes parts en lui et toucher l'extrême pointe de chacun de ses cheveux. Son esprit s'enveloppe de calme et de sérénité. Il subit l'expérience de la « Respiration suivie ». Mais à partir de ce moment, l'action de « suivre la Respiration » devient un fardeau pour le yogi qui l'abandonne, comme il l'a déjà fait pour l'expérience précédente.
La pratique de l’arrêt de la respiration
Il passe maintenant à la « Pratique de l'arrêt ».
Le yogi devra complètement ignorer sa respiration, et « arrêter » la pensée sur le bout de son nez.
Le calme et la sérénité l'envahiront bientôt. Il aura l'impression de disparaître, et de se fondre dans le vide. Il a atteint le stade de Dhyana, celui de l'arrêt parfait, et devrait alors se rappeler le conseil de Bouddha, qui dit que, malgré la merveille de cette expérience, il ne faut pas s'y cramponner ou y rester attaché.
La pratique de l’observation de la respiration subtile
Le yogi commencera ensuite la quatrième expérience, celle de « la Pratique de l'Observation ». Il observera sa respiration devenue très subtile, et le contenu de son enveloppe charnelle, os, sang, muscles, excréments, etc. Il arrivera ainsi à conclure que tous ces éléments physiques sont illusoires, passagers et dépourvus de nature propre. En appliquant constamment cette « Pratique d'Observation », l'oeil spirituel (ou l'esprit) du yogi s'ouvrira graduellement et suivra finalement toutes les fonctions de ses organes et viscères. Il comprendra alors que l'existence physique et psychique subordonnée à la conception de « l'ego », est misérable, éphémère et illusoire.
La pratique du retour de l’esprit vers son état original
Le yogi entamera l'expérience de la « Pratique du Retour » qui consiste à ramener l'esprit vers son état original.
Au cours de cette nouvelle expérience, le yogi devra soigneusement passer en revue les différentes pratiques de méditation qu'il a déjà employées. Il découvrira ainsi que toutes sont soumises à un certain dualisme formé par l'esprit actif et l'objet qui détermine l'action. Le thème principal de cette nouvelle expérience, est l'abandon de ce dualisme et le retour au premier stade, celui du Vide-Total absolu. Le yogi y arrivera en contemplant le Non-mental ou la nature « vacante » de l'esprit. Celui qui découvre le Non-mental se demande d'où peut venir le dualisme qui oppose le « sujet à l'objet ». Lorsque le yogi aura réalisé cette vérité, la grande Sagesse Transcendante s'épanouira soudain pour lui, tandis qu'il erre naturellement dans le premier stade qu'il a retrouvé.
La pratique de la pureté
Mais le yogi devra continuer sa méditation et aborder le sixième et dernier stade, celui de la « Pratique de la Pureté », pour nettoyer la « subtile souillure de l'action », parfaire et compléter la Sagesse Absolue qui s'est épanouie en lui.
Les pratiques de l'Observation, du Retour, et celle de la Pureté, ne sont pas vraiment des pratiques Dhyana, mais dépendent bien plus de Prajna ; la Pratique de l'Observation, est celle qui observe le Non-mental de l'être sensible ; la Pratique du Retour, observe le vide des dharmas concrets ; enfin celle de la Pureté, observe le vide du dualisme et la fusion de l'esprit dans la grande égalité générale.
La méditation bouddhiste ne peut atteindre la perfection que par l'exercice de l'observation du vide. Les six stades de la pratique de méditation que je viens d'exposer, sont les six points particulièrement recommandés par l'école chinoise Tien Tai.
La pratique par la méthode de « l'arrêt » ou suppression de la respiration, est peut-être la méthode la plus puissante et la plus directe. Elle transporte directement le yogi vers Samadhi, mais peut être dangereuse et nuisible, si mal appliquée. Il faudrait en l'abordant s'assurer les conseils d'un professeur éclairé, et posséder à fond la technique plus simple de l'exercice de respiration normale (celui de la respiration « comptée » par exemple).
à suivre.